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Le flux instinctif libre

Oui oui! vous avez bien lu! dans cet article nous allons parler de menstruations et de ce nouveau phénomène venu des States qu’est le flux instinctif libre (F.I.L). Vous avez dû croiser ce terme dans mon article sur le zéro déchet dans la salle de bain (si vous ne l’avez pas encore lu c’est ici : le zéro déchet dans la salle de bain). Dans ce précédent article je fais notamment référence aux différentes moyens de protections menstruelles dont la plus économique et écologique reste…. le F.I.L.

En quoi consiste le flux instinctif libre?

Nous entrons ici dans une sphère très intime. En même temps, les règles sont un phénomène naturel du corps, qui vient nous dire finalement que tout fonctionne bien.Elles ne devraient donc pas être un sujet tabou, bien au contraire! Comprendre ses règles c’est écouter son corps et donc prendre soin de soi.

Concrètement, Le flux instinctif libre consiste à « retenir  » ses règles afin d’aller évacuer le flux directement aux toilettes. Possible me direz-vous? et bien oui! expérience à l’appui.

Voila maintenant 7 ans environ que je « pratique » le F.I.L. J’utilise ici des parenthèses car c’est seulement cette année que j’ai découvert que la façon dont je vivais mes règles depuis des années portait un nom, que c’était un moyen avéré de vivre ses règles, et qu’en plus il y avait un réel engouement voir un effet de mode autour de cette « pratique ». Ce n’est donc pas une démarche que j’ai décidé d’adopter du jour au lendemain mais quelque chose qui s’est installé très naturellement. Je ne peux donc même pas vous dire qu’à l’époque j’ai été poussée par des arguments économiques ou écologiques comme pourraient le plébisciter certaines. Les choses se sont faites progressivement et surtout de manière très naturelle pour moi, juste en observant le fonctionnement de mon corps.

De la simple observation....

Pour que vous puissiez comprendre comment s’est installée le F.I.L. dans ma vie, je suis obligée de remonter un peu le fil (ahah! le jeu de mot!) de l’histoire…

Il faut savoir que mes règles jusque là n’ont jamais été une partie de plaisir. Un peu garçon manquée de nature, tout ce qui avait attrait à la féminité me mettait mal-à-l’aise. Je vivais donc mes règles comme une honte, comme si c’était écrit au milieu de mon front que j’avais mes règles en ce moment même. Bref, une semaine qui pouvait du coup s’avérer loooongue. Les 1ères protections menstruelles qui m’ont été proposées par ma mère ont été les classiques serviettes hygiéniques, que je nomme communément « patte-à-cul » tellement elles sont inconfortables. ça bouge, on a toujours peur que ça déborde, que ça sente mauvais etc. Spéciales nuit, ultra-fines, super absorbantes, peu importe les slogans marketing, leur absence de glam n’aide de toute façon pas à  apprivoiser ses règles au mieux.

Par la suite, les copines ont commencé à me parler des tampons, que c’était pratique, discret etc. Mais l’idée d’aller m’enfiler un objet dans cette partie là de mon corps m’était impossible à l’époque du collège. Je me suis finalement laissée tenter que bien bien bien plus tard, à la fin du lycée je dirais! Et quelle révolution! Le tampon a changé mon approche des règles. Effectivement très discret, pratique, il est devenu le number one et l’unique moyen de protection, de jour comme de nuit.

Puis un jour, j’ai lu sur la boîte les avertissements concernant le syndrome du choc toxique (S.C.T.). J’ai vu des documentaires et j’avais beau me dire que cela restait un phénomène assez rare,  cette pensée restait dans un petit coin de ma tête à chaque période de règle.

Le SCT : petit rappel

Définition

Sur les boîtes de tampon vous pourrez lire :  « le S.C.T. est une maladie toxique extrêmement rare et très grave, qui peut apparaître chez les hommes, les femmes et les enfants. Elle est causé par des toxines d’origine bactérienne que l’on trouve couramment chez les êtres humains. Environ la moitié des cas se manifeste chez les femmes et les jeunes filles pendant leurs règles. La maladie serait liée à l’utilisation des tampons mais peut également apparaître sans que des tampons soient utilisés durant les règles. Le SCT, dont les premiers symptômes sont similaires à ceux de la grippe, peut se développer rapidement et devenir une affection grave pouvant se révéler mortelle et doit donc être diagnostiqué et traité rapidement.

Symptômes

Les symptômes du SCT peuvent se manifester rapidement et à tout moment durant le cycle menstruel. Les symptômes, qui ne se manifestent pas nécessairement au même moment sont :

  • Fortes fièvres soudaines (39° ou plus)
  • Nausées ou vomissements
  • Diarrhées
  • Maux de tête
  • Mal de gorge
  • Etourdissements
  • Perte de conscience ou évanouissements
  • Eruptionscutanées semblables à des coups de soleil (la peau peut peler ultérieurement)
  • Douleurs musculaires

Mes mesures préventives

Plusieurs articles ou études ont pu mettre en avant que le SCT pouvait être provoqué par une mauvaise utilisation des tampons ou cups (car oui, le SCT peut aussi être provoqué par la cup). Leur composition (matière plastique et autres substances chimiques)  présents dans leur fabrication est également mis en cause.

Par prévention, j’ai rapidement opté pour les tampons bio, pour rassurer ma conscience. En me disant que ceux-ci étant composés de 100% coton, les risques de SCT liés à la composition du tampon devraient normalement être inexistants ou en tout cas réduits.

Pour limiter encore plus les risques,  je restais sans protection interne chaque fois que cela m’était possible. J’utilisais uniquement un protège-slip. Ce fut quelques dizaines de minutes par-ci ou par-là au début, en rentrant du travail. Et j’allais aux toilettes chaque fois que je sentais que le flux arrivait, me résignant finalement à remettre un tampon car cette sensation m’était désagréable.

J’ai continué ainsi sans trop me préoccuper de mes règles. J’ai augmenté sans trop me rendre compte les plages sans protection, prenant conscience petit à petit du fonctionnement de mon corps à ce moment là. Le plus grand constat, qui a marqué je pense le début de l’aventure F.I.L., fut de voir que mon flux s’écoulait systématiquement après chaque fin de miction. L’idée que le flux puisse donc être « maîtrisé » ou « rééduquer » s’est imprimé dans mon esprit. J’ai donc petit à petit  « utilisé » ce process lors de mes périodes sans protection, bloquant le flux (en contractant mon périnée) chaque fois que je le sentais couler et en allant l’évacuer aux toilettes. Je le faisais uniquement à la maison, sans prise de tête, sans quoi je remettais un tampon.

...à un réel mode de vie

Les années ont passées ainsi et c’est en allant faire des courses un matin que … »oups!j’ai oublié de mettre une protection! bon et bien j’ai pas le choix, il va falloir que ça tienne quelques heures ». Et c’est avec beaucoup de satisfaction que je me suis rendu compte que ça fonctionnait. Je n’ai pas été tranquille durant toutes mes courses, c’est certain, mais aucun accident! Et cela s’est reproduit à plusieurs reprises, chaque fois mise à l’épreuve de manière contrainte par mon esprit un peu tête en l’air, qui à force, oubliait de mettre une protection..

Au bout de 7 ans, je peux donc vous dire que je vis aujourd’hui mes règles avec beaucoup plus de sérénité, voir presque avec plaisir. Oui oui! chaque mois c’est le petit challenge et la récompense qui va avec, de voir que je peux passer l’ensemble de mes règles sans protection!

Pratiquer le flux instinctif libre présente beaucoup d’avantages mais aussi quelques inconvénients, je vous en parle plus bas.

Les avantages

Bon pour la santé

Ou en tout cas le moins mauvais de toutes les protections menstruelles. On l’oublierait presque mais le 1er avantage du flux instinctif libre est qu’il permet de vivre ses règles de manière naturelle. Fini les serviettes ou tampons aux substances douteuses pour notre organisme. Fini donc la peur du syndrome du choc toxique!

Cependant, cette pratique est parfois décriée, prétextant que « bloquer » son flux pourrait être dangereux pour la santé. je vous parle en toute connaissance de cause : il ne s’agit pas de « bloquer » son flux, ce à quoi je répondrais qu’effectivement cela pourrait bien avoir des répercussions sur votre santé. L’idée est plutôt « d’éduquer » votre corps à évacuer à un moment voulu plutôt que de manière anarchique. Finalement, tout comme on « éduque » notre vessie, on « éduquerait » aussi notre vagin. Je ne sais pas si cela est mécaniquement ou médicalement explicable, en tout cas c’est un fait bien avéré me concernant. A vous de bien connaître votre corps et donc votre flux. Personnellement, j’ai un flux que je qualifie de moyen malgré le port d’un stérilet (au cuivre). A l’heure actuelle, je l’évacue toutes les deux heures environ, si je veux être certaine de ne déclarer aucun incident. Deux heures pendant lesquelles je n’ai pas l’impression de « bloquer » mon flux puisque je n’ai pas non plus cette sensation d’écoulement, mon corps étant finalement « éduqué » à évacuer à un moment donné (lors de la miction donc). C’est donc, à mon sens, sans danger.

Economique

Un article du Monde.fr, relatif au budget représenté par les règles chez une femme,   propose un plug-in qui permet de faire un petit calcul rapide sur sa consommation en produits d’hygiène menstruelle. Plusieurs critères sont pris en compte (durée, abondance, type de protection etc.). Pour ma part, le budget occasionné par mes règles s’élèverait à un peu plus de 50€ par an. Un budget qui peut vite devenir non négligeable pour certaines femmes!

A ce propos, sujet qui ne m’avait encore jamais effleuré l’esprit : règles et précarité! Le sujet est abordé dans l’article en question et il est encourageant de voir que certains pays comme l’Ecosse distribue gratuitement les produits d’hygiène menstruelle aux femmes  en situations précaires. A quand ce type d’initiative en France? Et à quand la généralisation du flux instinctif libre.?

Ecologique

Un critère qui a toute son importance à l’heure ou la prise de conscience individuelle concernant l’impact de chacune de nos actions sur la planète connaît un plein essor.

Qui dit F.I.L. dit absence de protections, en tout cas jetables, donc réduction des déchets! Pour être une parfaite écolo jusqu’au …fond de sa culotte, la pratique peut être compléter au départ par l’adoption de protections menstruelles lavables : culottes menstruelle ou serviettes et protège-slips lavables. (je n’ai pas testé les protège-slips lavables mais je pourrais vous faire un retour des culottes menstruelles home-made).

Les inconvénients

Je parlerais de désagréments plutôt que réels inconvénients. Ils sont surtout présents au début, lorsqu’on commence la pratique et qu’on ne connaît donc encore pas bien le rythme de son flux. Passé le cap, ces désagréments n’existent plus.

Nécessite l'utilisation régulière de toilette

L’argument numéro 1 qui revient souvent dans les inconvénients est que pratiquer le F.I.L. nécessite d’aller régulièrement aux toilettes; Or, nous n’avons pas toujours de toilettes à disposition!

Je travaille en tant qu’éducatrice à domicile. Par domicile, il faut comprendre « tous les lieux où le jeune est susceptible d’être accueilli ». La plupart du temps j’arrive à jongler avec mes différents domiciles (preuve de quoi il est possible d’avoir une activité professionnelle et de pratiquer le F.I.L.). La situation pourrait se compliquer davantage lorsque je suis en extérieur. Je travaille aussi beaucoup hors du domicile, lorsque je pars en activité avec les jeunes que j’accompagne. Autant je peux me retenir d’uriner plusieurs heures si cela le nécessite vraiment, autant ne pas évacuer dans un délai de plus de 2h (ayant « éduquer » mon corps ainsi) reste une source de stress. Le recours aux toilettes publiques est un grand défi pour moi, mais quand il n’y a pas le choix…   Et tout se passe très bien!

Celles pour qui l’utilisation de toilettes publique ne posent aucun problème ne peuvent donc pas se cacher derrière cet argument. D’autant plus que l’utilisation d’un tampon ou tout autre protection nécessite aussi un recours régulier aux toilettes puisque ceux-ci doivent être changés fréquemment. Donc finalement, cet argument est-il bien un inconvénient?

Peut rendre anxiogène certaines pratiques sportives

Le principal inconvénient se trouvait à ce niveau pour moi, au début de l’aventure F.I.L. « Eduquer » son vagin de manière à évacuer le flux à un moment souhaité sous-entend que ce dernier fonctionne par le biais du périnée. Or, Le périnée est fortement sollicitée lors des activités sportives. Cela ne veut pas dire que la pratique d’un sport est incompatible avec le F.I.L. mais cela peut engendrer un petit stress si on ne maîtrise encore pas bien la pratique. Anxiété qui peut tout à fait se gérer si l’on connaît bien son corps et son flux.

Aujourd’hui je pratique n’importe quelle activité sportive, sans stress aucun, dans la mesure où je respecte le délai de 2h qui correspond à mon rythme en terme de flux.

Conclusion

Le flux instinctif libre est une « pratique » qui s’est installée lentement mais sûrement dans mon quotidien, en réponse à une philosophie grandissante, qui se veut plus proche et plus respectueuse de la nature. Avec le recul, c’est finalement la crainte d’un syndrome du choc toxique lié à l’utilisation des tampons qui m’a conduite peu à peu et tout naturellement vers le F.I.L.

Les travaux d’expertise menés par l’ANSES (Agence Nationale de Sécurité sanitaire, de l’alimentation, de l’environnement et du travail) confirme bien la présence de produits chimiques dans ceux-ci, cependant il n’y aurait aucun lien de cause à effet entre composition des tampons (ou cup) et SCT. Le Centre national de référence des staphylocoques à Lyon (Rhône) a même publié dans sa revue Applied and Environmental Microbiology, que l’utilisation de tampon même bio ne protégeait pas plus du SCT.

La question de la dangerosité des tampons, bio ou non, ne se pose plus puisque c’est avec beaucoup de satisfaction que je poursuis aujourd’hui cette nouvelle façon de vivre mes règles. Elle m’a réconcilié avec cette période autrefois vécue de manière honteuse. Elle m’a permis de partir à la découverte de mon corps, de me sentir plus épanouie dans ma féminité que j’ai ainsi apprivoisée.

« Aujourd’hui, mes  règles se résument à aller aux toilettes, aussi simplement que je vais uriner. Le rêve non? »

Et vous, êtes-vous prêtes à passer le cap?

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